lundi 5 octobre 2009

Espillage

Bref voyage en Sarthe, le week end dernier, pour aller voir Claude Esnault en sa tanière. Après Instructions pour vivre sans peau et Treize, Bref inventaire de toutes les choses est le troisième texte de Rafael Menjívar Ochoa que monte Claude Esnault.
Une nouvelle fois, le spectacle, si l'on peut parler de spectacle, est extraordinaire. Tandis qu'une voix enregistrée dit des fragments du texte, le metteur en scène et seul intervenant (à la différence des deux autres montages) assemble devant nous les pièces des différents puzzles que constitue le texte de Menjívar publié aux éditions Cénomane.
Extraits:

dimanche 4 octobre 2009

Gracias a la Diva

Flexible, souvent assise mais jamais immobile, elle avait le don de remplir les plus grandes scènes de sa présence et de sa danse mouvantes. Sa voix, tour à tour forte et douce, collait le frisson. Considérée comme une des plus grandes revisiteuses du folklore de son continent, elle a toujours mis son génie au service des jeunes auteurs compositeurs dont elle a fait connaître les chansons avant qu'ils ne deviennent célèbres. Généreuse autant que l'était sa voix, elle était surtout la voix de l'autre. La voix de l'indien, la voix du sans-terre, la voix du sans-voix. Merci.

Couple: une couple, un couple

«Tu vas garder la boutique pendant que je vais m'étendre sur le lit une couple d'heures.»
(Mac Orlan, Quartier réservé, pp. 100-101)
Voici ce que nous dit Littré:
1° UN COUPLE, UNE COUPLE. Un couple, au masculin, se dit de deux personnes unies ensemble par amour ou par mariage ; il se dit de même de deux animaux unis pour la propagation. Une couple, au féminin, se dit de deux choses quelconques de même espèce, qui ne vont point ensemble nécessairement et qui ne sont unies qu'accidentellement. Il résulte que la construction peut varier, c'est-à-dire qu'on dira toujours, au singulier : un couple de pigeons suffit pour repeupler un pigeonnier ; mais on dira au singulier, ou au pluriel, suivant l'idée de celui qui parle : une couple de poulets suffira bien ou suffiront bien pour notre dîner.
2° UNE COUPLE, UNE PAIRE. Une couple désignant deux choses qui ne sont unies qu'accidentellement, paire désigne deux choses qui vont ensemble par une nécessité d'usage, comme les bas, les souliers, ou une seule chose composée de deux parties ou pièces, comme des ciseaux, des lunettes, des pincettes. Une couple et une paire peuvent se dire aussi des animaux, mais la couple ne marque que le nombre et la paire y ajoute l'idée d'une association nécessaire pour une fin particulière. Un boucher achètera une couple de boeufs, c'est-à-dire deux. Un laboureur doit dire qu'il en achètera une paire, parce qu'il veut les atteler à la même charrue, BEAUZÉE.
Dictionnaire des Synonymes de la langue française, de F. Guizot:
Un couple au masculin, se dit de deux personnes unies ensemble par amour ou par mariage, ou seulement envisagées comme pouvant former cette union ; il se dit de même de deux animaux unis pour la propagation. Une couple, au féminin, se dit de deux choses quelconques de même espèce, qui ne vont point ensemble nécessairement, et qui ne sont unis qu'accidentellement ; on le dit même des personnes et des animaux, dès qu'on ne les envisage que par le nombre. Une paire se dit de deux choses qui vont ensemble par une nécessité d'usage, comme les bas, les souliers, les jarretières, les gants, les manchettes, les bottes, les boucles d'oreilles, les pistolets, etc. ou d'une seule chose nécessairement composée de deux parties qui font le même service, comme des ciseaux, des lunettes, des pincettes, des culottes, etc. Couple, dans les deux genres, est collectif ; mais au masculin, il est général, parce que les deux suffisent pour la destination marquée par le mot ; au féminin il est partitif, parce qu'il désigne un nombre tiré d'un plus grand. La syntaxe varie en conséquence, et l'on doit dire : " Un couple de pigeons est suffisant pour peupler une volière ; une couple de pigeons ne sont pas suffisants pour le dîner de six personnes. " Une couple et une paire peuvent se dire aussi des animaux ; mais la couple ne marque que le nombre ; et la paire y ajoute l'idée d'une association nécessaire pour une fin particulière. De là vient qu'un boucher peut dire qu'il achètera une couple de boeufs, parce qu'il en veut deux ; mais un laboureur doit dire qu'il en achètera une paire, parce qu'il veut les atteler à la même charrue (B.)

samedi 3 octobre 2009

Quartier réservé

«On entendait toutes les chansons du monde qui se mêlaient, tâchaient à s'éclipser mutuellement, à triompher dans une voix unique et chaude.» (Pierre Mac Orlan, Quartier réservé, Folio, pp. 40-41)
***
Ayant toujours utilisé le verbe tâcher avec la préposition de, cette phrase, lue cette nuit chez Mac Orlan m'a interpellé. D'autant plus qu'en toute logique, puisque l'on oeuvre ou travaille à quelque chose, il n'y a en effet rien d'illogique à ce qu'on y tâche également.
Vérification faite, c'est bien avec la préposition à que tâcher s'emploie en premier lieu (chez Gide, Proust, Racine, Corneille, La Fontaine), même si son emploi avec de est également documenté dès le XVIème siècle.

mardi 16 juin 2009

La maison devant la mer

A la demande générale d'Yves Marx, je vais entreprendre ici la publication, chanson par chanson, du récital de Maurice Fanon à l'Echaudoir, le 13 septembre 1980. Comme tu le dis, Yves, Fanon n'était pas quelqu'un avec qui il était toujours facile de travailler... Mais mon vieux pote François Rauber me disait souvent que c'était aussi comme cela qu'on apprenait le métier. Je balancerai sans doute aussi un jour sur le net l'enregistrement d'une de nos conversations, à François et moi.
Mais pour en revenir au sujet de cette contribution, à l'Echaudoir, ce soir-là, Maurice Fanon avait interprété 18 chansons. On va y aller petit à petit, je propose ce soir La maison devant la mer, chanson que Maurice Fanon avait écrite pour Pia Colombo depuis longtemps déjà. Le seul enregistrement de cette chanson par Maurice Fanon lui-même ne sortira que quatre ans plus tard, en 1984, et avec un accompagnement à la guitare. Dans cet enregistrement sauvage que je propose ici, honneur donc au piano (et un salut au passage à Debronckart... c'est l'piano... c'est l' piano...)

lundi 13 avril 2009

Déménagement

Biscuits roses, sablés, macarons aromatisés poires ou amandes, à peu près toutes les marques de champagne, sans oublier du Buzet du Chablis et du Casillero del diablo... Nous faisons chaque soir le tour du centre ville à la chasse aux cartons. Nous sommes très exigeants non seulement sur les dimensions, mais aussi sur la qualité, sur l'esthétique. Nous ne ramassons pas n'importe quel carton. Ainsi, pour emballer la guitare, nous avons préféré un étui à guitare de la marque "Art et Lutherie" à Yamaha. Question de prestige. Et puis, même au cours de cette activité en apparence peu culturelle, on en apprend tous les jours, comme on dit. Ainsi ce sens du verbe «gerber»... J'adore ce genre de trucs.

vendredi 27 mars 2009

Le FN nous fera toujours rire

La nouvelle campagne du Front National est géniale. Elle se revendique de Jaurès. Vinguieu ! Lorque j'ai appris ça je sortais juste de ma voiture où grâce à France Info j'avais pu entendre Nicolas Sarkozy mobiliser ses troupes (400 mille euros aux frais du contribuable) en disant non à la pensée unique (formule qui si je ne me trompe avait été trouvée au début des années 90 par Ignacio Ramonet pour fustiger, justement, la pensée - si l'on peut parler de pensée- proto-sarkozienne). Après le Berlusconi franchouillard se réclamant de Ramonet, le Mussolini de la Trinité se réclamant de Jaurès... Ahhh. Quelle époque formidable nous vivons ! Je m'en sens tout regaillardi, d'autant plus que Raoul Villain, grand héros national comme le stipulent les minutes de son procès, où il fut acquité pour services rendus à la patrie, était, comme moi, rémois. "Ah la belle, ah la belle, ah la belle société"... Une petite coupe pour fêter ça ?

mardi 24 mars 2009

Misère et fumier

Je tombe, en lisant Quelqu'un, de Robert Pinget (Minuit, 1965), sur cet emploi que j'ignorais du mot «misère»: «J'ai dû expliquer que j'avais renversé la misère et que je l'avais rempotée, on ne voit rien, regarde, à peine une petite branche de cassée, c'est comme avant.» (p. 156). Cet emploi est absent d'à peu près tous les dictionnaires (Robert, Littré, Académie); seul le Trésor de la Langue Française, dont j'ai déjà parlé ici, le mentionne: Plante herbacée vivace, à rameaux rampants et feuilles ovales de différentes couleurs. Les suspensions, vues de bas en haut, contiendront surtout des plantes retombantes (...) lierres, lobélias, bégonias et misères (Savoir tout faire au jardin, Paris, Sélection du Reader's Digest, 1980, p.25).
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Toujours chez Pinget, je trouve l'expression «faire fumier», dans le sens d'abonder: «Et en août c'est les melons qui font fumier alors il se cogne des melons.» (p. 151). Aucun des dictionnaires consultés ne mentionne cette expression, qui si j'en crois mes recherches sur Google semble pourtant assez employée. Il est intéressant de constater que tous les dictionnaires présentent le mot «fumier» sous un jour négatif. Préjugé tout citadin, qui fait fi de ce qu'il y peut y avoir de positif dans ce terme, lié à la fertilité. Ainsi, lorsque Victor Hugo, dans la préface à Cromwell, l'utilise comme synonyme de «terreau», le vieil Hugo, qui connaissait son français, ne semble pas lui attribuer une connotation particulièrement négative:

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Deux autres curiosités, toujours chez Pinget: les emplois indirects de «aider» et «souhaiter». «Reber l'a accompagnée à la cuisine pour lui aider à éplucher les aubergines.» (p. 95). «L'autre lui demande ce qu'elle souhaitait de savoir.» (p. 124).

Voici ce qu'en dit le TLF:

Le verbe aider hésite entre le régime dir. et le régime indir. Certains grammairiens, dont l'Ac., estiment qu'à cette différence de constr. correspond une différence de signif. (aider qqn jouirait d'une plus large ext. et pourrait notamment servir à désigner une aide morale; aider à qqn ne pourrait exprimer qu'une aide matérielle ou phys. de caractère momentané). L'usage ne confirme guère cette distinction. En revanche, il y a lieu de souligner que la constr. aider à qqn, habituelle en a. fr. et fréq. dans la lang. class., est auj. très vieillie.

Souhaiter construit l'infinitif complément avec de ou sans préposition, indifféremment (...). Toutefois quand souhaiter a un objet indirect indiquant la personne à qui s'adresse le souhait, l'infinitif complément se construit toujours avec de`` (GREV. 1969, § 758, p. 700).

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Aucune trace, en revanche, ni sur Internet ni dans aucun dictionnaire, d'un «mastoc» qui semble être une sorte de fauteuil: «Erard, quand il est là, somnole dans le mastoc [...].» (p. 162).

vendredi 13 mars 2009

Da ba dou di da ba dou di, da ba dou di a da doudou

On a beau feindre l'indifférence vis à vis des honneurs, cela fait tout de même plaisir de voir consacrés ceux de sa tribu. Ainsi Le Clézio recevant le prix Nobel, ainsi Jean-Loup Dabadie reçu à l'Académie Française. Scénariste culte des années 70 (Les choses de la vie, La gifle, Le sauvage, Une histoire simple, pour ne citer que les films que j'ai particulièrement savourés), il est surtout l'auteur d'une multitude de chansons parmi les plus magiques qui soient : Marienbad (Barbara), Ma préférence (Julien Clerc), L'addition (Yves Montand), Dans la maison vide (Michel Polnareff) et surtout de quelques uns des plus grands chefs d'oeuvre interprétés par Serge Reggiani: Le petit garçon, L'italien, Hôtel des voyageurs etc.

lundi 9 mars 2009

Le Port Salut

C'est plus fort que moi, je ne peux pas passer dans le quartier sans faire un détour. Chaque fois je sais que je vais être déçu, en regardant à travers les barreaux, par les verres rutilants, les nappes soignées de ce petit restaurant coquet, que j'ai connu enfumé avec, derrière le bar - là où se trouvent aujourd'hui les verres rutilants, sagement alignés - une immense photo jaunie de Boby Lapointe. C'est dans ce petit café-théâtre qu'ont débuté presque tous les grands noms de la chanson. Dans les années 80 j'y ai encore vu Fanon. La salle était vraiment minuscule, les premières tables étaient au ras de l'estrade. J'ai rencontré Jacques Debronckart, peu de temps avant sa mort. Il m'avait reçu en peignoir, il était maigre et très pâle. Sur le pas de sa porte, il m'avait dit «revenez... mais revenez vite». Parmi les nombreuses choses qu'il m'avait dites cet après-midi là, il y en a une qui aujourd'hui encore me semble tout à fait pertinente, pour expliquer la vogue des auteurs-compositeurs-interprètes dans les années 50-60. Il y voyait une forme de voyeurisme sadique: le désir de voir transpirer non plus un comédien interprétant des textes écrits par d'autres, mais celui-là même qui s'était déchiré les tripes en écrivant (homme délicieusement courtois, Debronckart disait les choses de façon moins brutale, mais il y avait de ça). Et je pense que ce n'est pas faux. Et il y avait un peu de ça dans ces lieux où se donnaient en spectacle, pour reprendre la formule consacrée, ces auteurs faméliques, souvent maudits.

Nouvelle trouvaille

Ou comment dévoyer des ustensiles traditionnels pour faire des hot dogs de légumes avec un entonnoir, des tapas avec un vide-pomme, mouler des ogives de semoule (ou de ce qu'on veut) dans la partie creuse d'un presse-agrumes, de la polenta dans des moules à madeleines, faire des tagliatelles de galettes bretonnes avec un laminoir à pâtes etc. etc. Trop bien

jeudi 26 février 2009

Maurice Fanon - Les communistes

Il semble qu'il n'existe pas d'enregistrement officiel de la chanson "Les communistes", de Maurice Fanon, que celui-ci chantait pourtant sur scène. C'est la raison pour laquelle je me permets de balancer sur le net, à qui voudra l'entendre bien sûr, et en espérant ne pas avoir de problèmes avec les marchands de chansons qui n'ont pas souhaité diffuser celle-ci, cet enregistrement saisi sur le vif, en septembre 1980 à l'Echaudoir, un petit café du nord parisien. Maurice Fanon m'avait autorisé à l'enregistrer. A la fin du concert il m'avait mis son numéro de téléphone en guise de dédicace sur un disque que je lui avais présenté. L'enregistrement est d'une qualité plus que médiocre, j'avais 19 ans et j'avais juste posé devant moi le magnétophone dont modestement je disposais. Mais cela permettra de donner une petite idée à ceux qui de cette chanson ne connaissent que les paroles. Et puis que diable, les enregistrements publics de Fanon ne courent pas non plus les rues, et qu'importe la qualité technique à qui connaît de toute façon les textes par coeur, si l'enregistrement est porteur de feeling... Dans le récital, la chanson se situait juste après "Et si le diable", et Maurice Fanon enchaînait avec l'Echarpe.

Il se peut, si l'on me chouchoute et si l'on exerce quelque pression sur moi, que je publie ici, peu à peu, l'intégrale du récital de ce soir là. Le temps passant, Fanon avait ajouté quelques couplets à "Tête de quoi". Et puis il disait "La chanson d'Irlande" qui, à ma connaissance, n'a été enregistrée que par Francesca Solleville. Il chantait les vieilles de la vieilles, celles que tout le monde attendait "Madame Seguin" et "Jean Marie de Pantin" et aussi quelques unes de son disque à venir ("Mon enfant", "Vincennes-Neuilly") et d'autres qu'il avait écrites pour Pia Colombo et jamais enregistré ("La maison devant la mer"). C'était la première fois que je le voyais sur scène. J'étais tellement bouleversé que je suis parti sans payer. Ce qui, honnêtement, m'a obligé à revenir. Il y avait dans l'assistance quelques couples de bourgeois assez mal à l'aise, surtout dans le long explicatif précédant et expliquant la genèse de "Le cheval gris". Ce soir là, Maurice Fanon était accompagné par un pianiste qui s'appelait Yves Choubert, ce qui lui avait aussi valu quelques commentaires de la part de Maurice et du maître des lieux Alain Cuniot.

(Photo: Guy Fasolato)

Jean Arnulf

A force de ne pas me tenir au courant de l'actualité, c'est aujourd'hui seulement que j'apprends le décès de Jean Arnulf, survenu il y a deux ans. C'est peu dire qu'Arnulf n'avait crevé ni les écrans ni les tympans. Ses disques s'étaient si peu vendus qu'un jour, ayant discuté avec lui par téléphone, il m'avait demandé, puisque j'avais quelques uns de ses enregistrements, de lui en faire une copie. J'étais passé les lui déposer, il n'était pas là, je les avais laissés sur son paillasson. Je ne l'ai donc jamais rencontré. C'est un des très grands mecs de la chanson française.
Sa femme, Martine Merri (qui a signé les paroles de "Points de vue"), a eu plus de succès que lui. Elle était en particulier la voix de Pimprenelle dans la série «Bonne nuit les petits».

mercredi 25 février 2009

Dictionnaire et fétichisme

Je l'avoue, je suis fétichiste. Je fantasme sur les objets. Matériel de cuisine, outils en provenance du monde ouvrier, papeterie et bien sûr, comme le chantait Mouloudji, «les dessous troublants / pour la mise en valeur de ton beau corps tout blanc». Mais s'il y a un objet sur lequel je fantasme par-dessus tout, c'est sur les dictionnaires. Je ne pourrais dire combien j'en ai (3 mètres de rayonnage et 1,37 Mb sur disque dur), de même que je ne saurais dire qui a dit qu'un dictionnaire était un roman dont les personnages étaient classés par ordre alphabétique. Ma passion pour les dictionnaires fait que dans la jungle inextricable de mon disque dur, j'ai même un scan de la carte d'étudiante de María Moliner. "Ca c'est pervers", m'a dit un jour Rafael Menjívar Ochoa. Cette passion remonte à loin. J'avais, quand j'étais étudiant, sur un coup de tête, acheté le Littré d'occasion chez Gibert. Ma copine Christine Leroy, avec qui je faisais ce jour-là des emplettes, avait bien voulu le garder chez elle, car l'objet était tout de même quelque peu encombrant. J'adore Appendix probi, ce dictionnaire bilingue latin classique/ latin vulgaire. Covarrubias, Trévoux, Furetière; Nicot (hé hop une clop au passage) et les dictionnaires régionalistes me rendent fous de bonheur.
Je reçois, régulièrement, des offres promotionnelles me proposant le Robert (le grand) en cd à des prix préférentiels. C'est pour moi, chaque fois, un crêve-coeur que de refuser. Chaque fois mon coeur se met à battre, puis à débattre (il est vrai que je l'ai en papier, six volumes en nuisette rouge). Et chaque fois la raison l'emporte. Mais pourquoi ? Tout simplement parce que l'on peut consulter, sur Internet, le meilleur dictionnaire qui soit, le Trésor de la langue française. Oeuvre magistrale, magnifique, sublime. Qui ne peut exister qu'en vertu d'une conception à l'ancienne de la recherche (une révérence au passage au trio Pécresse-Fillon-Sarko).

Jury "populaire"

J'apprends, en lisant la presse espagnole, qu'un homme vient d'y être relaxé au nom de la légitime défense. Il s'était acharné (57 coups de couteau) sur ses deux victimes, avait vidé leur appartement de tout ce qu'il contenait d'intéressant, avant d'y mettre le feu. Mais les jurés ont estimé qu'il avait agi dans le cadre de la légitime défense. Les victimes, il est vrai, étaient des homosexuels. Ah, ok, comme ça d'accord. On fait quoi, on déprime sur le genrumain, on se pose des questions sur la "démocratie d'opinion", ou on se console en se payant un p'tit coup d' Léo ? Allez, on y va:

Ca me rappelle une blague que j'aimais beaucoup, quand j'étais gamin. Ca se passe dans l'Alabama. Un type fauche un groupe d'enfants noirs sur un passage pour piétons. Le policier dresse le procès verbal: "A quelle vitesse allaient les enfants quand ils ont percuté votre automobile?".

jeudi 19 février 2009

On en apprend tous les jours

Petite promenade ce matin, à la recherche d'une info, et j'en ai finalement trouvé une autre: Pero, du fait qu'il provient du latin Per hoc (i.e. par conséquent), devrait logiquement être accentué sur la dernière syllabe: Peró. Ce qui est d'ailleurs, selon l'Académie espagnole, la prononciation catalane, italienne, judéo-espagnole, ainsi que dans l'espagnol parlé à Bilbao. J'adore ce genre de trucs.
(Real Academia Española, Esbozo de una nueva gramática de la lengua española, Espasa-Calpe, Madrid, 1973, 1982 para la octava reimpresión, p. 72)

mercredi 18 février 2009

Evadés

L'emprisonnement est non seulement inefficace mais il est, de plus, néfaste. Il enfonce dans l'anti-sociabilité celui dont la sociabilité n'était pas assurée. On n'est bien sûr aucunement obligé d'adhérer aux thèses de Foucault (Surveiller et punir, Gallimard, 1975), mais au moins la lecture de ce livre amène à se poser la question: finalement, emprisonner, pour quoi ? Solution de facilité. Fuite en avant. Il est tout de même curieux de constater que depuis deux siècles ceux qui nous poussent à être inventifs, novateurs, ceux qui exigent de nous des résultats se cloisonnent, en matière de "justice", à ce stéréotype: le cul de basse fosse. Pour quel résultat ? A l'heure où l'on s'apprête à exiger de la recherche qu'elle soit rentable, ne pourrait-on pas demander - et même exiger- de la justice qu'elle imagine autre chose que la répression pure et dure, dont on a, tous les jours et depuis des siècles, la preuve de son inefficacité ?

mardi 17 février 2009

Le dipló

Je viens une fois de plus, comme chaque année depuis 20 ans, de renouveler mon abonnement au Monde Diplomatique. Or, le premier numéro que je reçois de mon nouvel abonnement contient une charge féroce contre la nouvelle vague où, de plus, Jean Seberg est nominalement montrée du doigt. Je ne doute pas du plaisir que ma compagne aura à lire cet article. Mais non mais non, les choses ne se passent pas du tout comme ça. C'est moi qui ai payé l'abonnement et j'entends bien qu'on n'y attaque pas mes idoles. Attention Halimi, s'il n'y a pas un rectificatif dès le prochain numéro, on rappelle Ramonet aux commandes. OK? On ne touche pas à Piccoli fumant le cigare dans sa baignoire, on ne touche pas au derrière de Bardot (sauf Gainsbourg, qui touchait à tout, dixit Birkin) et surtout on ne touche pas à Seberg. Ah non mais.

Le Séguéla nouveau est arrivé

L'inénarrable Séguéla a encore frappé. «Tout le monde a une Rolex. Si à 50 ans on n'a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie». On ne compte plus, il est vrai, les turpitudes de celui qui s'était fait connaître du grand public, au début des années 80, en "imaginant" pour François Mitterrand le slogan "La force tranquille". Quelle trouvaille. Quelle magnifique trouvaille. Et puis quelle honnêteté, surtout, de la part des deux compères Mitterrand/Séguéla. Car cette formule, ne l'avaient-ils pas empruntée à Léon Blum (ce qui est légitime), mais sans le dire (ce qui l'est beaucoup moins) ? «J'adjure, comme chef du gouvernement, de s'y engager avec cette force tranquille qui est la garantie de victoires nouvelles» (allocution radiodiffusée de léon Blum, le 5 juin 1936 à 12h30). Le document sonore était, il y a peu de temps encore, téléchargeable sur le site de Gallica, au même titre que d'autres merveilles, telles que "Le Pont Mirabeau" dit par Apollinaire lui-même. Il en a été retiré. Quand nous retirera-t-on Jacques Séguéla? En attendant, allons réécouter Apollinaire. Et puis tiens, un petit cadeau, mais juste parce que c'est vous:

(Pour les plus jeunes d'entre nous: le monsieur sur la photo, c'est Léon Blum, le salaud qui a piqué son chapeau à Mitterrand. En plus de son slogan.)

dimanche 15 février 2009

Michel Piccoli

Magnifique prestation de Michel Piccoli, vendredi à la Comédie, dans Minetti, de Thomas Bernhard. Le texte est superbe, avec ses redites, son ressassement litanique des mêmes obsessions - comme toujours chez Bernhard-, ses fugues et variations autour de Lear, d'Ensor, d'une carrière dont on est de moins en moins sûr, au fur et à mesure où la pièce se déroule, qu'elle n'a pas été rêvée. Il s'agit d'un presque monologue, les autres acteurs ne servant guère qu'à donner la réplique, souvent par des monosyllabes, à «l'artiste en vieil homme». Et Piccoli est magistral. Les commentaires, lus ça et là, sur ses défaillances, me laissent rêveur. A-t-on bien tous vu la même pièce?