lundi 24 octobre 2011

Entretiens avec Cora Vaucaire (1984)

François Rauber m’avait dit un jour que si je souhaitais rencontrer du monde, son carnet d’adresses était bien sûr à ma disposition. Sottement, je ne lui ai qu’une seule fois demandé de me mettre en contact avec quelqu’un. C’était Cora Vaucaire. Je l’avais vue plusieurs fois sur scène, dans des spectacles où elle chantait avec Jacques Douai, et je savais qu’elle s’apprêtait à sortir l’enregistrement de sa dernière tournée au Japon. Je m’étais rendu chez elle, à Neuilly. Nous avions longuement parlé, même après que le magnétophone eut été coupé. Elle était telle que je l’aurais imaginée, toute en délicatesse. Elle avait tenu, avant mon départ, à me présenter son mari, le parolier Michel Vaucaire (Non, je ne regrette rien, Les flonflons du bal, Les petits pavés), décédé quatre ans plus tôt, et dont elle conservait l’urne sur la cheminée de son salon. Cela m’avait bien évidemment rappelé le poème de Prévert, qu’elle avait tant interprété :

La boule de neige
que tu m’avais jetée
à Chamonix
l’hiver dernier
je l’ai gardée
Elle est sur la cheminée
près de la couronne de mariée
de feu ma pauvre mère
qui mourut assassinée
par défunt mon père
qui mourut guillotiné
un triste matin d’hiver
ou de printemps…

Question: Cora Vaucaire, après une «si longue absence», si j'ose dire, vous avez l'intention de recommencer à chanter...

Cora Vaucaire: Je n'ai jamais cessé, savez-vous: j'ai fait le tour du monde, et tout en chantant. Je n'ai pas fait cela pour me promener en milliardaire. Mais simplement, je crois qu'il y a très longtemps que je n'ai pas chanté à Paris. Je ne sais plus combien d'années. Depuis le Théâtre Montparnasse, ça fait quelques années. Alors je vais voir si le public est toujours là, si comme dans les autres pays le public est fidèle...

Question : Vous avez donc beaucoup chanté hors de France, et hors d'Europe...

C. Vaucaire: Énormément. Je suis même allée en Albanie, où je suis la seule chanteuse à être allée. J'aurais cru que ça n'existait pas, tellement c'est mystérieux. En Albanie, en Tchécoslovaquie, au Canada, au Japon, en Allemagne... Enfin, je ne vais pas tout vous énumérer... Même en Nouvelle Calédonie. J'ai fait un grand grand grand grand tour à travers le monde, pour voir si on pouvait chanter des chansons françaises, et elles sont fort bien accueillies, ma foi. On a un grand amour de la chanson française, d'un produit français et pas encore abîmé. Quand on choisit, évidemment, les chansons à texte... C'est ce qu'ils cherchent davantage, parce que nous avons beaucoup de musique - enfin si on peut appeler ça de la musique: moi j'appelle ça beaucoup de bruit pour pas grand chose. Là il y a une chose importante dans la chanson: c'est la mélodie, les paroles, et l'interprète qui a son importance, dans ce sens - voyez-vous - que les chansons sont faites pour être chantées. Ça a l'air d'une vérité de Lapalisse, mais si je chante des chansons du Moyen-âge, c'est que depuis le Moyen-âge, il y a des interprètes. Je comptais l'autre jour; je me demandais si l'on faisait une émission, nous ne serions même pas cinq. Il y a Gréco, Colette Renard, Catherine Sauvage, Pia Colombo et puis moi, et puis ... On en a fait le tour! Alors ça, c'est inquiétant: qu'on n'ait pas laissé place à de jeunes interprètes, parce que la chanson a besoin d'interprètes pour pouvoir vivre!

Question: Quelles différences avez-vous constatées entre l'accueil que vous avez pu rencontrer à l'étranger et celui que l'on vous fait ici ?

C. Vaucaire: Oh... On ne peut pas comparer... D'abord les personnes étrangères qui viennent entendre un chanteur français sont tout cœur et toute âme et tout enthousiasme: ils ne viennent pas obligés; ils viennent parce que tel est leur bon plaisir, et comme je dis, c'est encore un des métiers libres que le nôtre, car nous avons choisi d'être là où nous sommes, et ceux qui nous écoutent ont choisi d'être là où ils sont. Alors ensemble, nous passons deux heures, et quelquefois avec moi deux heures et demie d'amitié, de sentiment.

Question: Concrètement, de quoi va s'accompagner ce retour en France: de disques, de spectacles en province, à Paris ?

C. Vaucaire: Eh bien, comme je n'ai pas de maison de disques à Paris je me suis dit: «il faut quand même que je sorte un disque», alors j'ai sorti un disque qui s'appelle: «Cora Vaucaire en direct du Japon», parce que j'avais un très bon enregistrement du Japon. Et puis après, je verrai. Je continuerai à faire mes disques comme ça; je crois que c'est le seul moyen. J'en manque beaucoup, on m'en réclame; les maisons les unes après les autres mettent ces chansons au pilon, les chansons qui sont demandées ne sont plus retrouvées par le public qui est très déçu ... On dit maintenant: «On devient rétro», alors nous sommes en plein dans le rétro. Je dis: «nous», les quelques survivantes... Je ne parle pas des hommes; pour le moment je parle des femmes puisque je suis une femme. Mais de toute façon, à part Francis Lemarque et Mouloudji, ça ne va pas loin non plus. Reggiani, oui... Et puis voilà! Et vous savez, lorsque l'on manquera d'interprètes, lorsque pour une raison ou pour une autre nous allons être obligés d'abandonner ou ne plus pouvoir chanter, eh bien ça fera un grand grand vide. C'est très important.

Question: Le disque est important pour vous ?

C. Vaucaire: Oh, le disque... c'est important pour faire connaître et peut-être aimer, si vous voulez. Mais c'est très peu auprès de la présence scénique; ça n'a aucun rapport. Mais c'est nécessaire. C’est comme une affiche; c'est notre homme-sandwich. Et puis quand le public nous a vus, en plus, ça fait des souvenirs: ils disent: «Ah oui là elle avait fait ça, là elle avait fait ça». On ne va pas chaque année dans les mêmes pays, mais enfin, comme le Japon, par exemple, j'y vais tous les deux ans: c'est réglé; c'est une chose qui se fait tout le temps.

Question: Comment renouvelez-vous votre répertoire ?

Cora Vaucaire: J'ôte quelques chansons qui me paraissent moins bonnes pour en mettre de meilleures, mais je choisis toujours les auteurs. Là il va y avoir tout un panorama de tous nos grands auteurs: Brassens, Brel, des chansons de Francis Lemarque, des chansons de Léo Ferré... Comme d'habitude d'ailleurs: tout un mélange, mais avec une carte, j'espère, qui va être plus complète, et je mettrai les chansons que j'appelle... naïves, mais les vraies chansons naïves d'une certaine époque: «Mon beauf' Pateau», par exemple, ou des choses comme ça, qui sont des chansons que je ne peux pas supporter de voir caricaturées, parce que ça a été fait par des gens qui étaient plus simples et plus naïfs que nous, mais plus intelligents quand même du cœur, et ça c'est important.

Question: Je vois trois grands courants dans votre répertoires : les chansons qui appartiennent au folklore, puis les classiques de la chanson française, et enfin vos chansons, celles qui vous sont plus personnelles, et que souvent on a écrites pour vous. Faites-vous aussi cette distinction, ou bien est-ce que pour vous cela forme un tout ?

C. Vaucaire : Ca fait un tout. Il est certain qu'il y a une distinction entre ces chansons puisqu'elles sont écrites toutes très différemment, mais pour moi elles étayent la maison, vous comprenez ? Il y a une chanson plus moderne qui amène une chanson beaucoup beaucoup plus ancienne. Je ne chante jamais dans l’ordre, parce que ce serait très très ennuyeux de commencer du folklore à nos jours en faisant le maître d'école. C'est dans le sentiment ou dans le ton, si vous voulez: pas deux chansons dans le même ton. Qu'il y ait comme une rumeur. Que ce soit comme un ruban qui se déroule, mais avec des aspérités. Pas uniquement un ronron, un flonflon. Vlaf! des chansons qui giflent tout d'un coup, et puis une très tendre, et puis une désespérée, puis une très cocasse: c'est comme ça que j'entends le tour de chant.

Question : Ce tour de chant tel que vous le concevez maintenant, c'est un aboutissement. A vos débuts, il y avait beaucoup plus de chansons dites «réalistes». Votre tour de chant est en perpétuelle évolution...

C. Vaucaire: Oui... l'évolution c’est ça. C'est choisir par rapport à son âge, aussi: il y a des chansons que je souhaitais chanter il y a vingt ans, ou trente ans, que je ne pouvais pas chanter, et que j'essaie de chanter maintenant. Ou en tout cas, que je peux mettre à mon répertoire, parce que je me suis moi-même cognée un peu partout, et j'arrive à mieux les sentir, et à… Très souvent, même — c'est ça qui est curieux — avec le temps, on dédramatise, et une chanson très très dramatique devient une chanson avec un petit «bah oui, c’est comme ça» un petit peu ironique, sans trop de mélancolie. Avec un «bah, voilà, c'est la vie!».

Question: Dans le livre qu'il vous consacre, Gilles Costaz parle de vous comme d'une chanteuse populaire, mais il ressent la nécessité de se justifier, presque de s'excuser...

C. Vaucaire: Je crois que dès qu'on atteint un public, on est un chanteur populaire. On n'est pas populaire lorsqu'on reste chez soi ou quand on chante en petit comité! Mais quand on va dans toutes les salles possible dans le monde entier, on est une chanteuse populaire. Quand on dit: «populaire», on voit aussitôt quelque chose de très vulgaire, des gens qui se tapent sur les fesses etc. quand au contraire, «populaire», ça veut dire: «pour le peuple», pour tout le monde!

Question: Vous conciliez la qualité et l'offre à tous...

C. Vaucaire: Vous me faites plaisir si vous le sentez comme ça, parce que c'est comme ça aussi que je le sens. Quand je choisis une chanson, c'est parce que j'ai le coup de foudre, elle me plaît ou elle m'amuse, ou elle m'émeut; et comme je ne suis sûrement pas toute seule à être comme cela, ceux qui vont entendre entendront comme moi et ressentiront comme moi, et nous serons nombreux. Enfin je le pense toujours. Je pense que je ne suis pas une personne hors du commun ! nous sommes tous uniques, mais unique ça ne veut pas dire bien! Chacun, nous sommes avec notre propre réflexion, notre propre émotion, ou notre goût du rire. Enfin il y a des tas de choses qu'on dit comiques maintenant et qui ne me font pas rire du tout, qui me font grincer des dents et qui me mettent en colère! Parce qu'on s'abaisse actuellement, mais d'une façon répugnante! Au cinéma, même à la télévision... Là je trouve qu'on va un petit peu fort. Mon Dieu, le côté paillard, c'est très bien, mais ça devient libidineux, franchement.

Question: On constate chez vous une grande fidélité à vos auteurs ou à vos compositeurs: Brecht, Debronckart, Ferrat... des noms qui reviennent assez souvent...

C. Vaucaire: Mais parce que ce sont des mélodistes. Ce qui est important pour moi, c'est la mélodie. Il faut que ça module, il n'y a pas de doute. Une chanson comme j'en entends quelque fois, qu'on appelle des chansons mais qui ne sont que des répétitions de mots sur une grosse caisse qui fait «pam pam pam pam» derrière ... On m'apporte des chansons comme ça! On me dit: «oui, mais avec un bon arrangement»...Mais avec moi, il n'y a pas d'arrangement, car la plupart du temps, à l'étranger, il m'arrive de partir avec un seul pianiste.

Question : Parmi vos auteurs habituels, y-en a-t-il pour lesquels vous ayez une prédilection particulière ?

C. Vaucaire: Celui qui me donne une chanson qui me plaît! (rire) Mais sans ça, toutes les chansons que je chante, je les aime! Et tous les musiciens que je chante je les aime! Depuis mes débuts où Philippe-Gérard m'avait écrit une musique pour «Les jardins de Paris» ... Je suis toujours fidèle... Ils sont toujours fidèles aussi, puisqu'ils gardent toujours le même talent; c'est ça qui est important!

Question: Selon quels critères déterminez-vous le musicien auquel vous allez demander de vous mettre en musique tel ou tel texte qu'on vient de vous apporter ?

C. Vaucaire: Oh bien, quand même, quand vous avez un texte, vous entendez déjà la musique... Vous sentez que c'est une chanson où il faudra une musique plus forte, ou une musique plus tendre, et c'est comme ça qu'on choisit. Mais on a très très très peu de musiciens, maintenant. Il y a François Rauber, des chansons de Debronckart, musique et paroles... En général, maintenant, un auteur est auteur-compositeur-interprète. Mais Debronckart, je sais, aimait beaucoup avoir des interprètes. Et d'autres, Francis Lemarque...

Question: Lorsque l'on a une liste de vos chansons devant les yeux, on se dit que vous devez être dans le choix de vos auteurs et compositeur aussi rigoureuse et délicate que dans l'interprétation...

C. Vaucaire: Je ne sais pas; ça c'est le public qui peut juger... Vous savez, une chanson, c'est un peu comme un vêtement qu'on aime beaucoup. Alors finalement, à la dernière minute, on remet le costume qu'on aime bien; c'est presque sa peau! Alors l'intérêt, c'est que chaque interprète est différent. La même chanson interprétée par Colette Renard, que j'ai oubliée tout à l'heure, qui devrait être la plus grande chanteuse populaire - Colette Renard est formidable -; eh bien la même chanson chantée par Colette ou par Gréco ou par Pia Colombo, et moi, ce sont des chansons très différentes. Je le sais maintenant, parce que quand on signe des disques on a cette chance d'avoir un contact avec le public. Alors on me dit: «Ah, j'avais entendu cette chanson, mais ça n'est pas la même chose! c'est très intéressant; vous la chantez autrement: plus tendre...» et chacun avec sa personnalité donne une couleur à la chanson. Et la première fois qu'on m'a fait un compliment qui m'a fait plaisir, c'est un auteur qui m'a dit: «Eh bien je ne savais pas que j'avais mis tout ça dans ma chanson!». C'est une chose qui vous va tout droit au cœur, parce que vous êtes là pour ça! Vous êtes là pour faire ressortir tout ce qu'il y a dans la chanson, de drôle, de tendre ou de violent... ou n'importe, enfin. Nous sommes... le sentiment.

Question: Quels sont vos critères, pour le choix d'une chanson ?

C. Vaucaire: Mon goût pour LA chanson. Vous savez, je pense que j'ai le même goût que les autres. Le malheur, maintenant, c'est qu'on met de côté terriblement ces chansons, justement, au profit de ce qui est à la mode, et on ne laisse même pas une toute petite place... Autrefois, tout le monde avait une petite place. De quelque genre que l'on soit, tout le monde avait une place. Maintenant, il n'y a plus QUE ce qui est à la mode, et qui se démode très rapidement. C'est tout de même dommage pour la chanson, la vraie chanson française qui raconte une histoire, parce qu'il y a un grand grand GRAND public pour ça.

Question: Aujourd'hui, on emploie le mot "poésie" à un peu toutes les sauces, et ça me gêne beaucoup d'entendre dire: «Ah, Brel, ce n'est plus de la chanson, c’est de la poésie!» Les gens qui disent ça pensent faire un compliment, mais ce qu'ils font surtout c’est qu'ils disent que la chanson en tant que genre spécifique ne peut QUE se situer dans les basses couches de la chansonnette...

C. Vaucaire: Écoutez... Chaque fois qu'on me pose la question, on me dit: «Que pensez-vous de la poésie ?» Mais on imagine que la poésie, ce sont des vers. Si ce ne sont pas des vers, ce n'est pas de la poésie. Mais la poésie est partout; la poésie est dans un lieu, un instant, un moment. C'est comme l'électricité: on s'en sert et on ne sait pas ce que c'est! Un être peut être poétique. Il y a des êtres poétiques, il y a des moments poétiques, il y a des musiques qui nous paraissent poétiques... mais la poésie, c'est peut-être aussi dans la diction, dans la façon de dire les choses. La poésie, c'est comme une musique, ce n'est pas «des vers»: ça peut être en prose. Madame Colette est très poète, et c'est écrit en prose!

Question: Dire: «Tel chanteur est plus qu'un chanteur, c'est un poète» laisse dans l'ombre les autres, ceux qui, ma foi, ne sont guère plus que des chanteurs...

C. Vaucaire: Oui... je trouve du reste que c'est gênant, surtout parce que dès qu'on dit poésie... Heureusement, vous parlez de Brassens et de Brel, et Brel surtout, a permis de classifier la poésie dans quelque chose de plus fort, et de plus virulent, que toutes les guimauves qu'on nous avait amenées jusque là, en prétendant que c'était de la poésie! Dès que vous commenciez à parler des clairs de lune, des becs de gaz, ou du sol mouillé, de l'odeur de la terre ou d'une petite fleur, vous faisiez de la poésie!!! Non! vous pouvez parler des fleurs et que ce ne soit pas poétique du tout! Non, je crois que la poésie peut être partout, et elle peut ne pas être là où l'on croit qu'elle est. En plus, je demande toujours qu’on ne dise pas quand on me présente: «Cora Vaucaire, qui représente la poésie, le goût» et tout ça, parce qu'on se dit: «Oh la la, ça va être barbant». C'est ça la question, qui est grave (rire).

Question: Le public...

C. Vaucaire: Ah, public c'est tout! Chaque soir le public est nouveau, et chaque soir vous êtes nouveau! Tous les jours on vient au monde! Aussi bien... de par soi, parce qu'on a bien dormi, mangé quelque chose qui vous a fait plaisir ou qui vous fait du mal; et on entend derrière le rideau que le public va être bon, parce qu'il y a une espèce de petit frrr, de petit bruit de rires étouffés et de contentement, de satisfaction; d'autres fois un public sage, qui va écouter très sérieusement, et il est certain qu'on est différent chaque soir. Pour ma part, en tout cas, je sais que je ne chante jamais deux fois de la même façon et à certaines époques il y avait des gens qui venaient tous les jours pendant des mois, quand j'étais dans un endroit, et qui me disaient «Eh bien, vous n'avez encore pas chanté de la même façon telle et telle chanson». C'est parce que je suis modelée par la vie que j'ai eue avant le passage, avant d'entrer en scène, et puis aussi par le public, qui me passe son fluide, son goût, son sentiment!

Question: C'est un complice...

C. Vaucaire: Ah oui! Sans public, il n'y a pas de chanson, il n'y a pas de chanteur, il n'y a plus d'interprète, il n'y a plus rien… Les gens me disent: «Si vous saviez ce que vous nous apportez», mais ils m'apportent beaucoup plus! Là, j’ai été très malade, j'entre en scène épuisée, on me faisait une piqûre avant d'entrer en scène, eh bien je sortais de scène, je disais: «j'ai faim, et je suis très bien». Le lendemain matin, je n'étais pas bien, et avant d'entrer en scène je n'étais pas bien. Mais à la première chanson, mes musiciens me disent: «c'est inouï, on ne vous reconnaît plus, vous avez une mine superbe!» et cette personne malade a disparu complètement. Et ça, c'est le miracle du public. Un vrai miracle. C'est le vrai miracle des acteurs, qui ont des crises de dents: regardez Hirsh, qui avait des crises d'arthrite terribles dans la hanche, il se déhanchait chaque soir, il déambulait avec une élégance parfaite. Personne ne se doutait qu' il souffrait l'enfer! Mais il se passe ceci: pendant que vous êtes en scène, vous ne sentez plus rien! Après, la douleur redouble, mais nous ne sentons plus que ce que nous avons à faire et à dire, et on entre vraiment dans une autre peau. Ça c’est indiscutable. Je sais que j'ai dit des choses que je n'aurais pas dites si j'avais été dans ma peau... de «civil» (rire), pas dans ma peau de chanteuse!

Question: nous avons juste parlé un peu de l'accompagnement; vous rejetiez l'importance des orchestrations...

C. Vaucaire: Non, non... Non, ne confondons pas: je dis que c'est une grande chance que de pouvoir aller de par le monde avec seulement un pianiste, parce que ça permet à des gens qui n'ont pas de gros budgets de vous avoir quand même, et d'entendre chanter des chansons. Et je trouve ça très très important. Ceci dit, une belle orchestration avec un quatuor à cordes, deux pianos, une flûte, et même un biniou si vous voulez... chaque instrument apporte une couleur différente! L'accordéon, que je n'ai pas aimé pendant des années, un jour j'ai entendu... J'ai dit: «Mais qu' est-ce que c'est ? - Mais c'est un accordéon - Mais on ne dirait pas que c'est de l'accordéon!» et c'était Baselli... que je n'ai plus, hélas...

Question: Avec votre ou vos musiciens, vous formez une équipe soudée ?

C. Vaucaire: Alors là, vraiment, nous sommes des siamois! Parce que non seulement il faut qu'ils sachent jouer, mais il faut qu'ils me suivent! Parce que comme je chante chaque fois différemment, il faut qu'ils soient dans la même humeur que moi, qu'on se retrouve bien ensemble. Et ça, c’est très très important, les musiciens, je pense bien!

Question: Ce qu'a fait Michel Frantz est extraordinaire...

C.Vaucaire: Ah, Michel Frantz est un merveilleux pianiste! On n'a pas besoin d'orchestre avec lui, c’est l'homme-orchestre; il est merveilleux, c’est vrai: il a un toucher merveilleux, il a un goût exquis, il comprend les chansons, et quelque fois il me fait enrager, parce que je lui dis: «Ah, à tel moment, j’ai dit quelque chose» et il me dit: «Ah, j'écoute pas les paroles! Moi je n'écoute pas les paroles, je ne sais pas ce que vous dites, je ne veux pas savoir ce que vous dites.» Il va au sentiment ,prétend-­il. Ce n'est pas vrai; il sait tout par cœur.

Question: Vous avez commencé par le théâtre; peut-on parler d'une carrière théâtrale ?

C. Vaucaire: Non. Ma carrière théâtrale, c'est ma carrière de chanteuse; je m'endors et je me réveille en me disant: «Ah, je suis la plus grande actrice de tous les temps, parce que je ne jouerai jamais!» (rire). C'est le meilleur moyen d'être la meilleure actrice!

Question: Il y a cependant cette formation théâtrale au début; qu'est-ce qu'elle vous a apporté pour la chanson ?

C. Vaucaire: Je ne pense pas qu'on puisse chanter sans faire un peu de théâtre. Moi je sortais de pension, vous savez: je n'avais jamais traversé une rue toute seule; je n'avais jamais vu personne sur une scène quand j'ai chanté la première fois. Ça m'a apporté une espèce d'audace que je n'aurais pas eue si je n'avais pas connu les planches en tant que comédienne. En tant que comédienne-élève, je jouais tout aussi bien Musset que les tragédies; je voulais jouer tous les personnages, et je savais parfaitement que je ne pourrais jamais les jouer. Mais je voulais jouer tous les personnages pour aller le plus loin possible, comme lorsque je fais des exercices pour ma voix. Il y a trois octaves, j'en veux quatre! De façon à être à l'aise dans deux. La plus grande leçon que j'aie eue c’est Dullin qui me l'a donnée: Je suis arrivée, il m'a dit: «Bon, tu veux faire du théâtre, eh bien monte, va sur la scène.» Alors je suis montée sur la scène, et une fois là, je lui ai dit: «Eh bien, que dois-je faire, Monsieur ?» Il m'a dit: «Marche !» Alors j'ai marché en écrevisse, bien sûr, en attendant un geste de lui. Il m'a dit: «Eh bien ma petite, quand tu sauras marcher, tu seras une comédienne.» Et j'ai très très bien compris après; en effet, mes pieds bougent autant que mes bras, et c'est pour ça que j'ai toujours de longues robes-chemises, j'allais dire (rire) parce que c'est presque comme des chemises! Pour que mon corps soit parfaitement à l'aise, et que mes jambes bougent autant que mes bras, ou que mon visage, ou que mes yeux! Tout le corps doit être impressionné par le sentiment que vous avez à exprimer.

Question: La chanson vous permet d'exprimer tous les rôles !

C. Vaucaire: Et voilà pourquoi je préfère chanter, maintenant. Parce que dans une soirée , il n'y a pas un auteur au monde qui m'écrirait une chanson où je pourrais avoir «Le roi Renaud», «La rue s'allume »,«Pauvre Rutebeuf»... non ce n'est pas possible. Jamais on ne me donnera un rôle où je pourrai être en même temps cocasse, émouvante, dramatique, mourante... Là j'ai tout, et je crois que le public est sensible à ça aussi, à cette diversité qui fait que s'il n'a pas aimé une chose, il peut en aimer une autre! Quand même, sur la quantité il y aura bien une chose qu'il aimera! Et en général, le public qui vient maintenant me connaît assez pour savoir... Beaucoup me disent: « Oh, on aime tout! ». Et puis... (rire) ... et puis voilà.

Question,: Parlez-nous du «récital à la carte»...

C. Vaucaire: Je l'avais fait une fois, et je compte même le faire complètement la prochaine fois. Je chanterai deux ou trois chansons pour mettre en train mais je ferai distribuer (ce que j'avais fait la première fois) la plus longue liste que je vais pouvoir trouver de chansons (je voudrais qu'il y en ait au moins une centaine), que le public puisse demander, et qu'au fur et à mesure on puisse donner le plaisir d'entendre la chanson qu'on a demandée.

Question: C'est terriblement difficile...

C. Vaucaire: Je ne sais pas; je vous le dirai plus tard (rire.)

Question: Mais puisque vous l'avez déjà fait...

C. Vaucaire: Oui, mais là, je vais le faire en très très grand. Enfin, j'espère pouvoir y arriver. Parce que je n'ai pas de mémoire: j'ai une très bonne mémoire musicale, mais très mauvaise pour les paroles. Alors je suis un ruminant. Vous me rencontrez, je ne vous reconnais même pas, parce que je suis en train de ruminer une chansons (rire). C'est mon côté bovin! (Éclat de rire)

Question: vos chansons font penser à du travail artisanal...

C. Vaucaire: Oh, artisan... artisan ça veut dire amour. Et je crois que le monde irait beaucoup mieux s'il pouvait comprendre que... au lieu de vouloir gouverner, diriger, obliger les gens à faire des choses qu'ils n'ont pas envie de faire, ils pensaient un petit peu à l'amour... Alors maintenant, si on dit: «l'amour», on va faire des gros rires gras etc. Mais l'amour des uns et des autres... Par exemple ce qu'on rencontre au Japon, qui est remarquable, c'est la courtoisie, qu'on ne rencontre plus qu'au Japon! Et la courtoisie, c'est une forme d'amour! C'est la première!

Question,: Depuis que nous parlons, vous avez évoqué beaucoup de personnes qui font le même métier que vous; je vous ai aperçue au spectacle de Juliette Gréco en novembre dernier. Quelle est votre vision de ces gens qui font le même métier que vous?

C. Vaucaire: Eh bien, ce sont comme moi des gens libres qui ont choisi de faire ce qu'ils avaient envie de faire, et qui le font bien! Enfin, à mon sens, ils le font bien.

Question: S'il y a un courant qui passe entre l'interprète et le public, il y a donc aussi un courant qui passe entre les différents interprètes...

C. Vaucaire: Oui, je crois qu'il y a une espèce de fraternité. On est tout seul... Nous sommes les êtres les plus solitaires, c’est absolument certain; on ne se rencontre pas, si vous voulez, comme autrefois. On rêve quand on pense au «Bœuf sur le toit»; on pense à certaines époques... Diaghilev, on pouvait le rencontrer: on allait au «Bœuf sur le toit», on pouvait le rencontrer. Ou n'importe qui: Cocteau ou autres! Tandis que maintenant, tout le monde court, court, court, et quand on dit: «On essaiera de se revoir», je dis: « peut-être !!! » Maintenant, quand on me serre la main en me disant: «On se téléphone», je dis: «On ne se téléphonera pas!» Parce que je sais qu'on ne se téléphonera pas et que si on le fait, on se dira: «Eh bien ! on a réussi à le faire!». Mais c'est un hasard. Alors dans le tour de chant, on est particulièrement seul.

Question: Je crois que vous êtes la clef de la chanson telle que nous la connaissons, c’est à dire celle qui est née après la première guerre mondiale...

C. Vaucaire: Bien oui, c’est à dire que les derniers interprètes qui restons, nous sommes la dernière clef. Il ne faudrait pas qu'elle soit perdue. Moi, j’ai essayé: j'ai fait des spectacles. Au Lucernaire, j’ai fait des spectacles pour essayer de découvrir de nouveaux interprètes. Et puis j'ai dû m'arrêter, parce que je me suis rendu compte que les marchands de disques me disaient «Nous ça ne nous intéresse pas, c'est trop bien, et ça ne correspond pas du tout à ce que nous cherchons ». Eux ce qu’ils cherchent c’est le coup de matraquage, et puis beaucoup d'argent, et puis si ça ne va pas (s'il n'y a pas un assez gros matraquage à faire en quelques semaines ou en quelques mois), on met au panier. Enfin, ça doit aller très vite, on prend on jette, on prend on jette... et puis il y en aura... il y en aura jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus! Il y a toujours des nouveaux, mais enfin, moi je trouve que c'est de pis en pis! J'ai voulu écouter un peu ces derniers jours pour me tenir au courant; même des chanteurs que j'estimais, chantaient des chansons en répétant le même mot trente fois! Je finis par m’exaspérer et je pousse le bouton, parce que ça m'énerve!

Question: Ça arrive à Maurice Fanon, que vous aimez...

C. Vaucaire: Oui, mais c'est très rare...

Question: "Tête de quoi"...

C. Vaucaire: Oui...Ce n'est pas celle que je préfère. Je préfère L’écharpe !

Question: Si c'est la seule de lui que vous chantiez, c'est le hasard ou est-ce la seule qui vous plaise ?

C. Vaucaire: C'est à dire que... c'est celle qui me convient le mieux: elle m'a semblé avoir été écrite pour moi, tellement elle me collait. Et il y en a d'autres... Je recherche justement en ce moment, parce que je crois qu'il en a peut-être une ou deux que je pourrais trouver pour mon prochain récital. Et puis dans Brel, je voulais «J'arrive»,et Juliette Gréco la chante et très très bien, et... Quelquefois, bien que l'interprète la chante très bien, il me prend la fantaisie de prendre quand même une chanson qui a déjà été chantée, parce que je crois pouvoir y trouver autre chose, si vous voulez. Mais cela n'empêche pas que je trouve très bien l'interprétation de l'une. Mais je me dis: «Ah, il me semble que je la pense encore d'une autre façon», et ça, ça m'intéresse beaucoup.

Question: Nous aussi...

C. Vaucaire: Ah, bien j'espère! J'espère justement que là le public trouve son bonheur, dans ce sens qu'il dit: «Tiens, Juliette Gréco chante cette chanson; tiens, Cora Vaucaire aussi», et ils me le disent, du reste: «Oh, vous ne la chantez pas du tout de la même manière», et c'est ça l'intérêt! L'intérêt c’est qu'on leur donne une autre couleur!

Question: Comme le public n'est pas idiot, si on lui matraquait autre chose que de la mauvaise chanson, ça marcherait tout aussi bien...

C. Vaucaire: Attention, je ne crois pas: on pourrait les entendre davantage; on devrait les entendre davantage. On devrait les entendre assez souvent, mais une bonne chanson est une chose suffisamment importante pour que, quand elle a été chantée quelques fois (je ne dis pas qu'on ne puisse pas la passer une fois par semaine sur un poste ou une fois tous les quinze jours), elle est suffisante pour être retenue déjà, et être réécoutée avec plus d'attention et plus d'intérêt. Mais matraquer n'est pas possible: c'est trop important. Les paroles et les musiques sont trop importantes pour être rabâchées, rabâchées, parce qu'alors, elles n'auraient plus cet intérêt de l'émotion qu'elles apportent.

Question: D'accord, mais le matraquage, c'est un procédé de promotion qu'on utilise pour lancer une chanson, et qu'on peut abandonner très vite...

C. Vaucaire: ... disons un demi-matraquage ... Oui, une publicité, c’est ça! Les faire entendre au moins quelques fois, et ne pas les mettre au cabinet noir tout le temps. En effet, tout passe très très vite dans les émissions, et ce serait très déconcertant d'entendre «L'écharpe» ou «Les vieux amants» au milieu. Mais est-ce que ce ne serait pas bon, justement, de déconcerter un petit peu, et que l'auditeur qui est en train de s'endormir à moitié en bougeant la tête et en agitant les pieds, est-ce qu'il ne serait pas tout de même important pour lui, tout d'un coup, de dire :«Tiens ! autre chose!» ?

Question: Il y a une formule de vous: «Star ne puis, vedette ne daigne, Cora suis»...

C. Vaucaire: (Éclat de rire) Oui... C'est d'une simplicité! (rire) Non, non, mais c'est vrai: je suis... comme je suis! comme dirait Prévert. Ni star ni vedette: je suis une interprète et je me considère comme les comédiens, que j'adore, car pour moi, un bon comédien, c'est une joie fantastique. J'ai vu de mauvaises pièces admirablement bien jouées; je me disais: «mais il me semblait pourtant que cette pièce était bien mauvaise!», et une très bonne pièce, mal jouée, mais c'est minable! Alors l'interprète a quand même une grosse responsabilité.

Propos recueillis par Thierry Davo

lundi 5 octobre 2009

Espillage

Bref voyage en Sarthe, le week end dernier, pour aller voir Claude Esnault en sa tanière. Après Instructions pour vivre sans peau et Treize, Bref inventaire de toutes les choses est le troisième texte de Rafael Menjívar Ochoa que monte Claude Esnault.
Une nouvelle fois, le spectacle, si l'on peut parler de spectacle, est extraordinaire. Tandis qu'une voix enregistrée dit des fragments du texte, le metteur en scène et seul intervenant (à la différence des deux autres montages) assemble devant nous les pièces des différents puzzles que constitue le texte de Menjívar publié aux éditions Cénomane.
Extraits:

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dimanche 4 octobre 2009

Gracias a la Diva

Flexible, souvent assise mais jamais immobile, elle avait le don de remplir les plus grandes scènes de sa présence et de sa danse mouvantes. Sa voix, tour à tour forte et douce, collait le frisson. Considérée comme une des plus grandes revisiteuses du folklore de son continent, elle a toujours mis son génie au service des jeunes auteurs compositeurs dont elle a fait connaître les chansons avant qu'ils ne deviennent célèbres. Généreuse autant que l'était sa voix, elle était surtout la voix de l'autre. La voix de l'indien, la voix du sans-terre, la voix du sans-voix. Merci.

Couple: une couple, un couple

«Tu vas garder la boutique pendant que je vais m'étendre sur le lit une couple d'heures.»
(Mac Orlan, Quartier réservé, pp. 100-101)
Voici ce que nous dit Littré:
1° UN COUPLE, UNE COUPLE. Un couple, au masculin, se dit de deux personnes unies ensemble par amour ou par mariage ; il se dit de même de deux animaux unis pour la propagation. Une couple, au féminin, se dit de deux choses quelconques de même espèce, qui ne vont point ensemble nécessairement et qui ne sont unies qu'accidentellement. Il résulte que la construction peut varier, c'est-à-dire qu'on dira toujours, au singulier : un couple de pigeons suffit pour repeupler un pigeonnier ; mais on dira au singulier, ou au pluriel, suivant l'idée de celui qui parle : une couple de poulets suffira bien ou suffiront bien pour notre dîner.
2° UNE COUPLE, UNE PAIRE. Une couple désignant deux choses qui ne sont unies qu'accidentellement, paire désigne deux choses qui vont ensemble par une nécessité d'usage, comme les bas, les souliers, ou une seule chose composée de deux parties ou pièces, comme des ciseaux, des lunettes, des pincettes. Une couple et une paire peuvent se dire aussi des animaux, mais la couple ne marque que le nombre et la paire y ajoute l'idée d'une association nécessaire pour une fin particulière. Un boucher achètera une couple de boeufs, c'est-à-dire deux. Un laboureur doit dire qu'il en achètera une paire, parce qu'il veut les atteler à la même charrue, BEAUZÉE.
Dictionnaire des Synonymes de la langue française, de F. Guizot:
Un couple au masculin, se dit de deux personnes unies ensemble par amour ou par mariage, ou seulement envisagées comme pouvant former cette union ; il se dit de même de deux animaux unis pour la propagation. Une couple, au féminin, se dit de deux choses quelconques de même espèce, qui ne vont point ensemble nécessairement, et qui ne sont unis qu'accidentellement ; on le dit même des personnes et des animaux, dès qu'on ne les envisage que par le nombre. Une paire se dit de deux choses qui vont ensemble par une nécessité d'usage, comme les bas, les souliers, les jarretières, les gants, les manchettes, les bottes, les boucles d'oreilles, les pistolets, etc. ou d'une seule chose nécessairement composée de deux parties qui font le même service, comme des ciseaux, des lunettes, des pincettes, des culottes, etc. Couple, dans les deux genres, est collectif ; mais au masculin, il est général, parce que les deux suffisent pour la destination marquée par le mot ; au féminin il est partitif, parce qu'il désigne un nombre tiré d'un plus grand. La syntaxe varie en conséquence, et l'on doit dire : " Un couple de pigeons est suffisant pour peupler une volière ; une couple de pigeons ne sont pas suffisants pour le dîner de six personnes. " Une couple et une paire peuvent se dire aussi des animaux ; mais la couple ne marque que le nombre ; et la paire y ajoute l'idée d'une association nécessaire pour une fin particulière. De là vient qu'un boucher peut dire qu'il achètera une couple de boeufs, parce qu'il en veut deux ; mais un laboureur doit dire qu'il en achètera une paire, parce qu'il veut les atteler à la même charrue (B.)

samedi 3 octobre 2009

Quartier réservé

«On entendait toutes les chansons du monde qui se mêlaient, tâchaient à s'éclipser mutuellement, à triompher dans une voix unique et chaude.» (Pierre Mac Orlan, Quartier réservé, Folio, pp. 40-41)
***
Ayant toujours utilisé le verbe tâcher avec la préposition de, cette phrase, lue cette nuit chez Mac Orlan m'a interpellé. D'autant plus qu'en toute logique, puisque l'on oeuvre ou travaille à quelque chose, il n'y a en effet rien d'illogique à ce qu'on y tâche également.
Vérification faite, c'est bien avec la préposition à que tâcher s'emploie en premier lieu (chez Gide, Proust, Racine, Corneille, La Fontaine), même si son emploi avec de est également documenté dès le XVIème siècle.

mardi 16 juin 2009

La maison devant la mer

A la demande générale d'Yves Marx, je vais entreprendre ici la publication, chanson par chanson, du récital de Maurice Fanon à l'Echaudoir, le 13 septembre 1980. Comme tu le dis, Yves, Fanon n'était pas quelqu'un avec qui il était toujours facile de travailler... Mais mon vieux pote François Rauber me disait souvent que c'était aussi comme cela qu'on apprenait le métier. Je balancerai sans doute aussi un jour sur le net l'enregistrement d'une de nos conversations, à François et moi.
Mais pour en revenir au sujet de cette contribution, à l'Echaudoir, ce soir-là, Maurice Fanon avait interprété 18 chansons. On va y aller petit à petit, je propose ce soir La maison devant la mer, chanson que Maurice Fanon avait écrite pour Pia Colombo depuis longtemps déjà. Le seul enregistrement de cette chanson par Maurice Fanon lui-même ne sortira que quatre ans plus tard, en 1984, et avec un accompagnement à la guitare. Dans cet enregistrement sauvage que je propose ici, honneur donc au piano (et un salut au passage à Debronckart... c'est l'piano... c'est l' piano...)

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lundi 13 avril 2009

Déménagement

Biscuits roses, sablés, macarons aromatisés poires ou amandes, à peu près toutes les marques de champagne, sans oublier du Buzet du Chablis et du Casillero del diablo... Nous faisons chaque soir le tour du centre ville à la chasse aux cartons. Nous sommes très exigeants non seulement sur les dimensions, mais aussi sur la qualité, sur l'esthétique. Nous ne ramassons pas n'importe quel carton. Ainsi, pour emballer la guitare, nous avons préféré un étui à guitare de la marque "Art et Lutherie" à Yamaha. Question de prestige. Et puis, même au cours de cette activité en apparence peu culturelle, on en apprend tous les jours, comme on dit. Ainsi ce sens du verbe «gerber»... J'adore ce genre de trucs.

vendredi 27 mars 2009

Le FN nous fera toujours rire

La nouvelle campagne du Front National est géniale. Elle se revendique de Jaurès. Vinguieu ! Lorque j'ai appris ça je sortais juste de ma voiture où grâce à France Info j'avais pu entendre Nicolas Sarkozy mobiliser ses troupes (400 mille euros aux frais du contribuable) en disant non à la pensée unique (formule qui si je ne me trompe avait été trouvée au début des années 90 par Ignacio Ramonet pour fustiger, justement, la pensée - si l'on peut parler de pensée- proto-sarkozienne). Après le Berlusconi franchouillard se réclamant de Ramonet, le Mussolini de la Trinité se réclamant de Jaurès... Ahhh. Quelle époque formidable nous vivons ! Je m'en sens tout regaillardi, d'autant plus que Raoul Villain, grand héros national comme le stipulent les minutes de son procès, où il fut acquité pour services rendus à la patrie, était, comme moi, rémois. "Ah la belle, ah la belle, ah la belle société"... Une petite coupe pour fêter ça ?

mardi 24 mars 2009

Misère et fumier

Je tombe, en lisant Quelqu'un, de Robert Pinget (Minuit, 1965), sur cet emploi que j'ignorais du mot «misère»: «J'ai dû expliquer que j'avais renversé la misère et que je l'avais rempotée, on ne voit rien, regarde, à peine une petite branche de cassée, c'est comme avant.» (p. 156). Cet emploi est absent d'à peu près tous les dictionnaires (Robert, Littré, Académie); seul le Trésor de la Langue Française, dont j'ai déjà parlé ici, le mentionne: Plante herbacée vivace, à rameaux rampants et feuilles ovales de différentes couleurs. Les suspensions, vues de bas en haut, contiendront surtout des plantes retombantes (...) lierres, lobélias, bégonias et misères (Savoir tout faire au jardin, Paris, Sélection du Reader's Digest, 1980, p.25).
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Toujours chez Pinget, je trouve l'expression «faire fumier», dans le sens d'abonder: «Et en août c'est les melons qui font fumier alors il se cogne des melons.» (p. 151). Aucun des dictionnaires consultés ne mentionne cette expression, qui si j'en crois mes recherches sur Google semble pourtant assez employée. Il est intéressant de constater que tous les dictionnaires présentent le mot «fumier» sous un jour négatif. Préjugé tout citadin, qui fait fi de ce qu'il y peut y avoir de positif dans ce terme, lié à la fertilité. Ainsi, lorsque Victor Hugo, dans la préface à Cromwell, l'utilise comme synonyme de «terreau», le vieil Hugo, qui connaissait son français, ne semble pas lui attribuer une connotation particulièrement négative:

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Deux autres curiosités, toujours chez Pinget: les emplois indirects de «aider» et «souhaiter». «Reber l'a accompagnée à la cuisine pour lui aider à éplucher les aubergines.» (p. 95). «L'autre lui demande ce qu'elle souhaitait de savoir.» (p. 124).

Voici ce qu'en dit le TLF:

Le verbe aider hésite entre le régime dir. et le régime indir. Certains grammairiens, dont l'Ac., estiment qu'à cette différence de constr. correspond une différence de signif. (aider qqn jouirait d'une plus large ext. et pourrait notamment servir à désigner une aide morale; aider à qqn ne pourrait exprimer qu'une aide matérielle ou phys. de caractère momentané). L'usage ne confirme guère cette distinction. En revanche, il y a lieu de souligner que la constr. aider à qqn, habituelle en a. fr. et fréq. dans la lang. class., est auj. très vieillie.

Souhaiter construit l'infinitif complément avec de ou sans préposition, indifféremment (...). Toutefois quand souhaiter a un objet indirect indiquant la personne à qui s'adresse le souhait, l'infinitif complément se construit toujours avec de`` (GREV. 1969, § 758, p. 700).

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Aucune trace, en revanche, ni sur Internet ni dans aucun dictionnaire, d'un «mastoc» qui semble être une sorte de fauteuil: «Erard, quand il est là, somnole dans le mastoc [...].» (p. 162).

vendredi 13 mars 2009

Da ba dou di da ba dou di, da ba dou di a da doudou

On a beau feindre l'indifférence vis à vis des honneurs, cela fait tout de même plaisir de voir consacrés ceux de sa tribu. Ainsi Le Clézio recevant le prix Nobel, ainsi Jean-Loup Dabadie reçu à l'Académie Française. Scénariste culte des années 70 (Les choses de la vie, La gifle, Le sauvage, Une histoire simple, pour ne citer que les films que j'ai particulièrement savourés), il est surtout l'auteur d'une multitude de chansons parmi les plus magiques qui soient : Marienbad (Barbara), Ma préférence (Julien Clerc), L'addition (Yves Montand), Dans la maison vide (Michel Polnareff) et surtout de quelques uns des plus grands chefs d'oeuvre interprétés par Serge Reggiani: Le petit garçon, L'italien, Hôtel des voyageurs etc.

lundi 9 mars 2009

Le Port Salut

C'est plus fort que moi, je ne peux pas passer dans le quartier sans faire un détour. Chaque fois je sais que je vais être déçu, en regardant à travers les barreaux, par les verres rutilants, les nappes soignées de ce petit restaurant coquet, que j'ai connu enfumé avec, derrière le bar - là où se trouvent aujourd'hui les verres rutilants, sagement alignés - une immense photo jaunie de Boby Lapointe. C'est dans ce petit café-théâtre qu'ont débuté presque tous les grands noms de la chanson. Dans les années 80 j'y ai encore vu Fanon. La salle était vraiment minuscule, les premières tables étaient au ras de l'estrade. J'ai rencontré Jacques Debronckart, peu de temps avant sa mort. Il m'avait reçu en peignoir, il était maigre et très pâle. Sur le pas de sa porte, il m'avait dit «revenez... mais revenez vite». Parmi les nombreuses choses qu'il m'avait dites cet après-midi là, il y en a une qui aujourd'hui encore me semble tout à fait pertinente, pour expliquer la vogue des auteurs-compositeurs-interprètes dans les années 50-60. Il y voyait une forme de voyeurisme sadique: le désir de voir transpirer non plus un comédien interprétant des textes écrits par d'autres, mais celui-là même qui s'était déchiré les tripes en écrivant (homme délicieusement courtois, Debronckart disait les choses de façon moins brutale, mais il y avait de ça). Et je pense que ce n'est pas faux. Et il y avait un peu de ça dans ces lieux où se donnaient en spectacle, pour reprendre la formule consacrée, ces auteurs faméliques, souvent maudits.

Nouvelle trouvaille

Ou comment dévoyer des ustensiles traditionnels pour faire des hot dogs de légumes avec un entonnoir, des tapas avec un vide-pomme, mouler des ogives de semoule (ou de ce qu'on veut) dans la partie creuse d'un presse-agrumes, de la polenta dans des moules à madeleines, faire des tagliatelles de galettes bretonnes avec un laminoir à pâtes etc. etc. Trop bien

jeudi 26 février 2009

Maurice Fanon - Les communistes

Il semble qu'il n'existe pas d'enregistrement officiel de la chanson "Les communistes", de Maurice Fanon, que celui-ci chantait pourtant sur scène. C'est la raison pour laquelle je me permets de balancer sur le net, à qui voudra l'entendre bien sûr, et en espérant ne pas avoir de problèmes avec les marchands de chansons qui n'ont pas souhaité diffuser celle-ci, cet enregistrement saisi sur le vif, en septembre 1980 à l'Echaudoir, un petit café du nord parisien. Maurice Fanon m'avait autorisé à l'enregistrer. A la fin du concert il m'avait mis son numéro de téléphone en guise de dédicace sur un disque que je lui avais présenté. L'enregistrement est d'une qualité plus que médiocre, j'avais 19 ans et j'avais juste posé devant moi le magnétophone dont modestement je disposais. Mais cela permettra de donner une petite idée à ceux qui de cette chanson ne connaissent que les paroles. Et puis que diable, les enregistrements publics de Fanon ne courent pas non plus les rues, et qu'importe la qualité technique à qui connaît de toute façon les textes par coeur, si l'enregistrement est porteur de feeling... Dans le récital, la chanson se situait juste après "Et si le diable", et Maurice Fanon enchaînait avec l'Echarpe.

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Il se peut, si l'on me chouchoute et si l'on exerce quelque pression sur moi, que je publie ici, peu à peu, l'intégrale du récital de ce soir là. Le temps passant, Fanon avait ajouté quelques couplets à "Tête de quoi". Et puis il disait "La chanson d'Irlande" qui, à ma connaissance, n'a été enregistrée que par Francesca Solleville. Il chantait les vieilles de la vieilles, celles que tout le monde attendait "Madame Seguin" et "Jean Marie de Pantin" et aussi quelques unes de son disque à venir ("Mon enfant", "Vincennes-Neuilly") et d'autres qu'il avait écrites pour Pia Colombo et jamais enregistré ("La maison devant la mer"). C'était la première fois que je le voyais sur scène. J'étais tellement bouleversé que je suis parti sans payer. Ce qui, honnêtement, m'a obligé à revenir. Il y avait dans l'assistance quelques couples de bourgeois assez mal à l'aise, surtout dans le long explicatif précédant et expliquant la genèse de "Le cheval gris". Ce soir là, Maurice Fanon était accompagné par un pianiste qui s'appelait Yves Choubert, ce qui lui avait aussi valu quelques commentaires de la part de Maurice et du maître des lieux Alain Cuniot.

(Photo: Guy Fasolato)

Jean Arnulf

A force de ne pas me tenir au courant de l'actualité, c'est aujourd'hui seulement que j'apprends le décès de Jean Arnulf, survenu il y a deux ans. C'est peu dire qu'Arnulf n'avait crevé ni les écrans ni les tympans. Ses disques s'étaient si peu vendus qu'un jour, ayant discuté avec lui par téléphone, il m'avait demandé, puisque j'avais quelques uns de ses enregistrements, de lui en faire une copie. J'étais passé les lui déposer, il n'était pas là, je les avais laissés sur son paillasson. Je ne l'ai donc jamais rencontré. C'est un des très grands mecs de la chanson française.
Sa femme, Martine Merri (qui a signé les paroles de "Points de vue"), a eu plus de succès que lui. Elle était en particulier la voix de Pimprenelle dans la série «Bonne nuit les petits».

mercredi 25 février 2009

Dictionnaire et fétichisme

Je l'avoue, je suis fétichiste. Je fantasme sur les objets. Matériel de cuisine, outils en provenance du monde ouvrier, papeterie et bien sûr, comme le chantait Mouloudji, «les dessous troublants / pour la mise en valeur de ton beau corps tout blanc». Mais s'il y a un objet sur lequel je fantasme par-dessus tout, c'est sur les dictionnaires. Je ne pourrais dire combien j'en ai (3 mètres de rayonnage et 1,37 Mb sur disque dur), de même que je ne saurais dire qui a dit qu'un dictionnaire était un roman dont les personnages étaient classés par ordre alphabétique. Ma passion pour les dictionnaires fait que dans la jungle inextricable de mon disque dur, j'ai même un scan de la carte d'étudiante de María Moliner. "Ca c'est pervers", m'a dit un jour Rafael Menjívar Ochoa. Cette passion remonte à loin. J'avais, quand j'étais étudiant, sur un coup de tête, acheté le Littré d'occasion chez Gibert. Ma copine Christine Leroy, avec qui je faisais ce jour-là des emplettes, avait bien voulu le garder chez elle, car l'objet était tout de même quelque peu encombrant. J'adore Appendix probi, ce dictionnaire bilingue latin classique/ latin vulgaire. Covarrubias, Trévoux, Furetière; Nicot (hé hop une clop au passage) et les dictionnaires régionalistes me rendent fous de bonheur.
Je reçois, régulièrement, des offres promotionnelles me proposant le Robert (le grand) en cd à des prix préférentiels. C'est pour moi, chaque fois, un crêve-coeur que de refuser. Chaque fois mon coeur se met à battre, puis à débattre (il est vrai que je l'ai en papier, six volumes en nuisette rouge). Et chaque fois la raison l'emporte. Mais pourquoi ? Tout simplement parce que l'on peut consulter, sur Internet, le meilleur dictionnaire qui soit, le Trésor de la langue française. Oeuvre magistrale, magnifique, sublime. Qui ne peut exister qu'en vertu d'une conception à l'ancienne de la recherche (une révérence au passage au trio Pécresse-Fillon-Sarko).

Jury "populaire"

J'apprends, en lisant la presse espagnole, qu'un homme vient d'y être relaxé au nom de la légitime défense. Il s'était acharné (57 coups de couteau) sur ses deux victimes, avait vidé leur appartement de tout ce qu'il contenait d'intéressant, avant d'y mettre le feu. Mais les jurés ont estimé qu'il avait agi dans le cadre de la légitime défense. Les victimes, il est vrai, étaient des homosexuels. Ah, ok, comme ça d'accord. On fait quoi, on déprime sur le genrumain, on se pose des questions sur la "démocratie d'opinion", ou on se console en se payant un p'tit coup d' Léo ? Allez, on y va:

Ca me rappelle une blague que j'aimais beaucoup, quand j'étais gamin. Ca se passe dans l'Alabama. Un type fauche un groupe d'enfants noirs sur un passage pour piétons. Le policier dresse le procès verbal: "A quelle vitesse allaient les enfants quand ils ont percuté votre automobile?".

jeudi 19 février 2009

On en apprend tous les jours

Petite promenade ce matin, à la recherche d'une info, et j'en ai finalement trouvé une autre: Pero, du fait qu'il provient du latin Per hoc (i.e. par conséquent), devrait logiquement être accentué sur la dernière syllabe: Peró. Ce qui est d'ailleurs, selon l'Académie espagnole, la prononciation catalane, italienne, judéo-espagnole, ainsi que dans l'espagnol parlé à Bilbao. J'adore ce genre de trucs.
(Real Academia Española, Esbozo de una nueva gramática de la lengua española, Espasa-Calpe, Madrid, 1973, 1982 para la octava reimpresión, p. 72)

mercredi 18 février 2009

Evadés

L'emprisonnement est non seulement inefficace mais il est, de plus, néfaste. Il enfonce dans l'anti-sociabilité celui dont la sociabilité n'était pas assurée. On n'est bien sûr aucunement obligé d'adhérer aux thèses de Foucault (Surveiller et punir, Gallimard, 1975), mais au moins la lecture de ce livre amène à se poser la question: finalement, emprisonner, pour quoi ? Solution de facilité. Fuite en avant. Il est tout de même curieux de constater que depuis deux siècles ceux qui nous poussent à être inventifs, novateurs, ceux qui exigent de nous des résultats se cloisonnent, en matière de "justice", à ce stéréotype: le cul de basse fosse. Pour quel résultat ? A l'heure où l'on s'apprête à exiger de la recherche qu'elle soit rentable, ne pourrait-on pas demander - et même exiger- de la justice qu'elle imagine autre chose que la répression pure et dure, dont on a, tous les jours et depuis des siècles, la preuve de son inefficacité ?

mardi 17 février 2009

Le dipló

Je viens une fois de plus, comme chaque année depuis 20 ans, de renouveler mon abonnement au Monde Diplomatique. Or, le premier numéro que je reçois de mon nouvel abonnement contient une charge féroce contre la nouvelle vague où, de plus, Jean Seberg est nominalement montrée du doigt. Je ne doute pas du plaisir que ma compagne aura à lire cet article. Mais non mais non, les choses ne se passent pas du tout comme ça. C'est moi qui ai payé l'abonnement et j'entends bien qu'on n'y attaque pas mes idoles. Attention Halimi, s'il n'y a pas un rectificatif dès le prochain numéro, on rappelle Ramonet aux commandes. OK? On ne touche pas à Piccoli fumant le cigare dans sa baignoire, on ne touche pas au derrière de Bardot (sauf Gainsbourg, qui touchait à tout, dixit Birkin) et surtout on ne touche pas à Seberg. Ah non mais.

Le Séguéla nouveau est arrivé

L'inénarrable Séguéla a encore frappé. «Tout le monde a une Rolex. Si à 50 ans on n'a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie». On ne compte plus, il est vrai, les turpitudes de celui qui s'était fait connaître du grand public, au début des années 80, en "imaginant" pour François Mitterrand le slogan "La force tranquille". Quelle trouvaille. Quelle magnifique trouvaille. Et puis quelle honnêteté, surtout, de la part des deux compères Mitterrand/Séguéla. Car cette formule, ne l'avaient-ils pas empruntée à Léon Blum (ce qui est légitime), mais sans le dire (ce qui l'est beaucoup moins) ? «J'adjure, comme chef du gouvernement, de s'y engager avec cette force tranquille qui est la garantie de victoires nouvelles» (allocution radiodiffusée de léon Blum, le 5 juin 1936 à 12h30). Le document sonore était, il y a peu de temps encore, téléchargeable sur le site de Gallica, au même titre que d'autres merveilles, telles que "Le Pont Mirabeau" dit par Apollinaire lui-même. Il en a été retiré. Quand nous retirera-t-on Jacques Séguéla? En attendant, allons réécouter Apollinaire. Et puis tiens, un petit cadeau, mais juste parce que c'est vous:

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(Pour les plus jeunes d'entre nous: le monsieur sur la photo, c'est Léon Blum, le salaud qui a piqué son chapeau à Mitterrand. En plus de son slogan.)